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05/04/2007

Oublier Balladur...

Balladur a dû en avoir une syncope... Qui a dénoncé "cette capitulation économique et sociale que jadis Philippe Séguin avait appelée un «Munich social»"? Nicolas Sarkozy en meeting à Lille la semaine dernière. Munich social ! Lorsque Séguin, alors président de l'Assemblée nationale, avait lâché de sa voix de basse cette expression tonitruante au cours de l'été 1993, chacun avait compris qu'il visait le Premier ministre Edouard Balladur. Et voilà que c'est maintenant Sarkozy qui reprend, sans dire, il est vrai, qui est désormais la cible, l'expression à son compte. Oui, Sarkozy, le petit Nicolas, qui fut son ministre du Budget entre 1993 et 1995 ! De quoi achever l'ancien Premier ministre, passablement énervé depuis plusieurs mois par la tonalité des discours du candidat UMP dans laquelle il a reconnu la patte d'Henri Guaino. Guaino, ancien collaborateur de Séguin, inlassable pourfendeur de la "pensée unique" et défenseur de cette "autre politique" honnie par Balladur...
Quelle mouche a piqué Sarkozy ? Plume du candidat, Guaino assure lui avoir soumis la formule. Sarkozy a topé. Comme si instruit par l'échec de son mentor en 1995, il ne songeait qu'à s'en différencier aujour-d'hui. Au point de ne pas craindre de faire gros. Très gros.

 

Carole Barjon

© Le Nouvel Observateur

04/04/2007

Nicolas Sarkozy veut "expérimenter" la TVA sociale

Voilà plusieurs années que les politiques tournent autour de la TVA sociale, mais sans jamais oser franchir le pas. Face à cette question, les candidats à l'élection présidentielle se répartissent en deux catégories : ceux qui sont contre ...et ceux qui hésitent. En se prononçant, la semaine dernière, dans un entretien à L'Express, en faveur d'une "expérimentation" de la TVA sociale "dans un secteur", Nicolas Sarkozy est celui qui s'est engagé le plus loin dans cette voie.

Cette prise de position a de quoi surprendre, puisque le candidat de l'UMP s'était auparavant montré réservé sur la TVA sociale. "Basculer une partie de la fiscalité sur le travail vers la fiscalité sur la consommation est une expérience tentante", écrivait Nicolas Sarkozy, le 15 février, dans le Magazine Agricole Grandes Cultures. "Pour autant, les effets d'une telle mesure sur le pouvoir d'achat sont incertains et je me méfie de la théorie des vases communicants. Le principal problème fiscal de notre pays, c'est l'excès de prélèvements obligatoires en raison de l'excès de dépenses publiques. La meilleure réforme à entreprendre est donc la baisse des dépenses pour pouvoir baisser les prélèvements, pas le transfert de l'un sur un autre." Sans doute faut-il voir dans cette évolution - comme sur les critiques de l'euro fort ou sur la promotion d'un protectionnisme européen - l'influence grandissante du gaulliste Henri Guaino sur le libéral Nicolas Sarkozy.

Le centriste François Bayrou s'interroge, lui, depuis l'été 2005 sur le moyen de ne plus financer la protection sociale par les cotisations sociales sur le travail. Le candidat de l'UDF n'a cependant toujours pas choisi vers quel prélèvement obligatoire transférer ce financement : hausse de la CSG (impôt prélevé à la source sur la plupart des revenus), TVA sociale, nouvelle taxe carbone...

Les autres candidats sont, en revanche, hostiles à la TVA sociale. "Toute forme d'impôt supplémentaire est symboliquement une erreur", a ainsi martelé, mardi, Philippe de Villiers, sur Europe 1. Le candidat du MPF suggérant à la place de "trouver comme assiette des cotisations sociales de toutes les PME la différence entre le chiffre d'affaires et la masse salariale".

À gauche, Ségolène Royal a avancé, mardi également, dans sa conférence de presse, trois arguments contre la TVA sociale. Premièrement, cette idée "n'a rien de sociale" puisque "la vie va être encore plus chère" pour les Français. Deuxièmement, l'idée est "dangereuse pour la croissance". Troisièmement, "tous les syndicats de salariés sont contre" et "on ne peut pas lancer de façon autoritaire et péremptoire des réformes auxquelles les partenaires sociaux sont opposés".

Traditionnellement, la gauche préfère les impôts progressifs (impôt sur le revenu, impôt sur les successions) aux impôts proportionnels (TVA), même si c'est elle qui a instauré la CSG. Plutôt qu'une TVA sociale, le projet législatif du PS propose ainsi de calculer les cotisations patronales "sur l'ensemble de la richesse produite et non sur les seuls salaires". Une idée que la candidate du parti n'a toutefois pas retenue dans son "pacte présidentiel".

 

Laurent de Boissieu

© La Croix

31/03/2007

Chevènement, Séguin, paroliers invisibles de la campagne

Ils ne parlent pas mais on n'entend qu'eux ; ils ne sont pas candidats, mais sont déjà vainqueurs. Philippe Séguin respecte son strict devoir de réserve de premier président de la Cour des comptes, mais, de meeting en meeting, on croit entendre retentir sa grosse voix dans les discours de Nicolas Sarkozy. Jean-Pierre Chevènement a été écarté d'une « équipe du pacte présidentiel » que Ségolène Royal n'avait jamais eu l'intention de réunir. Elle n'écoute que son Jean-Pierre ; Sarkozy connaît son Philippe par coeur.
Le candidat de l'UMP veut rétablir la « préférence communautaire européenne », restaurer une politique industrielle, se laisse séduire par la TVA sociale. Ségolène Royal exalte les oripeaux de la « grande nation », et reste intraitable avec ceux qui ne paient pas leur billet de train.
Charivari dans chaque camp. Alain Madelin constate froidement dans son blog que « les gros bataillons des libéraux politiques qui ont rejoint l'UMP en 2002 apportent tout naturellement leur soutien à Nicolas Sarkozy même s'ils ont de plus en plus de mal à se reconnaître dans la vision étatiste que lui souffle Henri Guaino ».
Le drapeau tricolore a « fait flipper »Besancenot et a horripilé Dominique Voynet ou José Bové ; les mêmes, il y a dix ans, insultaient le Chevènement qui dénonçait « les sauvageons » des banlieues et les « élites mondialisées » des beaux quartiers.
Les uns, au nom du marché, les autres, au nom de la Révolution, ne supportent pas que l'État-nation vienne fourrer son groin dans leurs affaires mondialisées.
Pourtant, Nicolas Sarkozy, éduqué au libéralisme par Édouard Balladur, a voté oui au référendum de 2005, de même que Royal, converti au delorisme par François Hollande.
Beaucoup, pour s'inquiéter ou pour se rassurer, doutent donc de la sincérité de leur chemin de Damas. Ils n'y voient qu'une habileté tactique pour récupérer un électorat populaire effrayé par le divorce consommé entre l'économique et le social. Les souverainistes craignent le retour de « Sarko l'atlantiste », et voient un signe de sa perfidie dans sa volonté affichée de faire adopter un mini-traité institutionnel européen par le Parlement. La gauche de la gauche reste convaincue que Royal insiste sur les valeurs pour mieux se débarrasser des questions sociales. Partout la méfiance est de mise, et les statues du commandeur, Séguin et Chevènement, jouent aux sphinx.

 

Éric Zemmour

© Le Figaro

30/03/2007

Sarkozy se place sous l'ombre portée de Philippe Séguin

Philippe Séguin est de retour. Pas en chair en os, le premier président de la Cours des comptes est tenu de par sa fonction à la discrétion. Mais jamais le candidat de l'UMP, en meeting devant plus de 10 000 personnes, mercredi 28 mars à Lille, n'avait autant fait référence à « l'autre politique » popularisée par l'ancien président du RPR. Et au risque de froisser Edouard Balladur, qui ne peut souffrir cette expression. Nicolas Sarkozy a fait le compte des avantages et des inconvénients : c'est vers le contempteur du « Munich social » qu'il se tourne pour redonner du tonus à sa campagne.

Ecrit par Henri Guaino, qui fut le plus fidèle des séguinistes et qui reste encore comme orphelin de l'ancien président de l'Assemblée nationale, le discours prononcé par M. Sarkozy s'est voulu d'abord un appel aux Français à « renoncer au renoncement », à « s'extraire du carcan de la pensée unique qui est une idéologie de l'impuissance publique », à se défier des élites qui ont renoncé « à vou loir pour la France autre chose qu'un petit destin ».

Pour combattre l'euro fort ? « Une autre politique ». Pour relancer la politique industrielle ? « Une autre politique ». Pour sauvegarder le « capitalisme familial » ? « Une autre politique ». Pour lutter contre la désertification « des territoires ruraux » ? « Une autre politique », vous dis-je. Puis M. Sarkozy, invitant les militants à se mettre debout à la fin de son discours, leur a demandé de dire « non », « comme l'ont toujours fait ceux qui croyaient encore à la liberté de choi sir leur destin ».

Commencée avec des accents libéraux que n'aurait pas reniés Alain Madelin, la campagne de l'ancien ministre de l'intérieur prend des désormais le ton ombrageux de Philippe Séguin. Ce n'est pas un hasard.

Le premier comme le second furent les soutiens, en 1995, de Jacques Chirac. Tous deux furent les artisans de sa qualification - de justesse - au second tour, et de sa victoire finale. Une différence subsiste, M. Sarkozy est obligé, lui, d'interpréter tour à tour, et selon ses intuitions tactiques, tous les rôles. Il connaît son texte au rasoir...

 

Philippe Ridet

© Le Monde