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27/03/2007

La Fraaaance, monsieur !

Conscience, caution ou... «cocu» ? Henri Guaino dégaine lui-même le mot : a-t-il vocation à être le «cocu» de son camp ? A force de jouer les «gauchistes» infiltrés à droite, l'homme a une longue expérience en la matière. Il a été oublié sur le rivage du «pacte républicain» pasquaïen au début des années 90, lâché dans les virages de «l'autre politique» du séguinisme, et, enfin, roulé par le mirage du chiraquisme version «fracture sociale». Et Guaino semble déjà promis à être trahi par le sarkozysme. Il n'est pourtant «pas naïf» et se souvient de ces partisans de l'Algérie française faisant la courte échelle à de Gaulle. Il compatit au désarroi du «peuple de gauche», joué par la «politique de rigueur» de Mitterrand en 1983. Mais Guaino a un côté groupie. A 50 ans, il lui faut encore et toujours un héros à admirer, un chef pour lequel aller se faire trouer la peau au champ d'honneur d'une campagne électorale. Faute d'avoir pu s'identifier à un père demeuré inconnu ?

Guaino dit que «toute élection est un pari». Cette année, il mise tout sur Sarkozy. Risqué. A première vue, l'élu de Neuilly n'a pas grand-chose de commun avec le gamin d'Arles. Le premier acclame les mérites de l'économie de marché et de la compétition à tout-va, psalmodie le Star Spangled Banner et découpe la société en tranches ethniques, religieuses, etc. Guaino, lui, exalte sans relâche la mystique républicaine et semble taillé pour porter le costume des hussards noirs d'antan. Lui qui n'a jamais connu son père parle volontiers de sa mère, courageuse femme de ménage qui choyait son petit Henri. Guaino se veut pur produit d'une méritocratie républicaine qui lui a offert Sciences-Po, mais pas l'ENA (ratée) et l'a fait conseiller maître à la Cour des comptes. Une incarnation de cette «France qui se lève tôt et qui travaille dur» chère à son nouveau maître. Ce goût du labeur, il l'a hérité d'un grand-père contremaître et d'une grand-mère dont il fait un premier exemple d'ascension sociale puisqu'elle a fini sa carrière aide-soignante. Elle lui a inculqué «la politesse, le respect»,  «l'ordre juste» en quelque sorte, bref, tout ce qu' «on pouvait faire» et «ce qui ne se faisait pas...» Chez ces gens-là, «on n'acceptait pas les invitations des fils de notables parce qu'on ne pouvait pas les rendre». Et ses grands-parents répétaient : «Nous, les ouvriers...» Pas de quoi le convertir à l'amour marxisant des masses. Pétri d'héroïsme, il préfère placer ses rêves de gamin dans la figure du Général : «Il y avait de Gaulle et le reste, tous les autres étaient des nains...» A 11 ans, en 1968, en pleine «chienlit», il se délecte d'un discours de Pompidou à l'Assemblée. Au sortir de Sciences-Po, il fonce à Dijon, chez Robert Poujade, le baron gaulliste, et non son homonyme papetier à l'origine du poujadisme. Guaino est embauché comme chargé de mission : «Vous vous rendez compte, cette figure qui défilait le 30 mai 68 bras dessus bras dessous avec Malraux sur les Champs-Elysées.» Guaino a aussi des étincelles dans les yeux lorsqu'il raconte son service militaire dans «l'arme blindée» en 1981.

Et un beau jour de février 1990, cet «homme habité» , selon l'expression d'un ses amis, voit de nouveau la lumière. En l'occurrence, Philippe Seguin discourant depuis le haut d'une tribune lors d'assises du RPR au cours desquelles il tente de déboulonner Jacques Chirac. Solennel, Seguin fait taire les sifflets de la claque chiraquienne. Guaino en frissonne encore : «Sans élever la voix, ce type réussissait à obtenir le silence. Là, j'ai compris ce qu'était un discours politique.»

Il cultive cet amour du verbe tricolore au sein de la défunte fondation Marc-Boch, aux côtés, entre autres, d'un Max Gallo devenu expert ès élégances gaullo-républicaines. «Henri Guaino exprime une conception de l'histoire de France selon laquelle il n'y a pas d'interdiction à considérer que Jeanne d'Arc et Jean Jaurès, Georges Mandel et Guy Môquet font partie du patrimoine commun, analyse Gallo. C'est une approche foncièrement gaulliste.» Soit. Avec un tel bagage, on aurait pu l'imaginer séduit par la grandiloquence de Villepin plutôt que par le côté nouveau riche de Sarkozy. Guaino préfère Michelet à Barbelivien, mais évacue d'un soupir l'illusion Villepin : «Je le connais depuis tellement longtemps... La posture ne suffit pas à faire une politique !»

Son ralliement au président de l'UMP est aussi un moyen de se venger de Chirac qui l'a tant déçu : « Chirac ne croit plus à la politique. Il ne pense pas que la politique puisse changer le monde. Il avait la morphologie et l'élégance du volontarisme. Mais il n'est génétiquement pas volontariste.» Au pays des petits coups bas entre meilleurs ennemis, Chirac n'a pas toujours été charitable à son endroit. Comme si Guaino lui rappelait trop les accents de cette campagne de 1995 à peine remportée, aussitôt reniée. En 1998, Chirac l'a donc viré sans rechigner du commissariat général au plan, à la demande de Lionel Jospin alors Premier ministre. En ce haut lieu de conjectures en tous genres, Guaino n'a guère brillé par son efficacité. Il s'y montre ouvert comme toujours, accueillant par exemple des socialistes en déshérence, tel l'ancien conseiller de l'Elysée et futur député PS, Gaëtan Gorce qui s'entend dire : «Je préfère un bon socialiste à un mauvais juppéiste.» Mais en fait de plan, l'agitateur d'idées Guaino en tire sur la comète plus qu'il n'administre une structure assoupie.

De 2002 à 2004, Guaino n'a eu qu'une «obsession» : enlever la présidence d'EDF-GDF. Raffarin s'oppose à la fusion «par caprice» et place à la tête de GDF son ex-directeur adjoint de cabinet, Jean-François Cirelli, ancien de l'Elysée. Candidat contre Tiberi dans le Ve arrondissement de Paris, Guaino se plante aussi dans le sillage de son mentor Seguin aux municipales. Dévoré par la politique, il laisse sombrer sa vie de famille. Son couple explose. Il prétend être prêt à mettre la pédale douce : «J'ai des choses à reconstruire.»

Début 2006, Guaino fait une offre de services au ministre de l'Intérieur : «Nicolas, si tu es candidat libéral, atlantiste, et communautariste, tu ne seras jamais élu !» Sarkozy se vexe. Guaino, qui n'a toujours pas digéré le «préfet musulman», poursuit son prêche : «Si , en France, tu fais de la discrimination positive sur une base ethnique, tu auras la guerre ! N'oublie pas que l'obsession de la France, c'est l'égalité, même sous la monarchie.» Sarkozy finit par se convaincre que pour accéder à l'Elysée, il faut «se chiraquiser», au moins sur le plan lexical. L'opération de camouflage commence.

Pour la mener à bien, Guaino n'y va pas de main morte. A force de menaces de démission, atavisme séguiniste sans doute, il s'est glissé dans les méandres des jeux d'influences qui corsètent le candidat Sarkozy. Il a évité Cécilia, écarté Guéant, et doublé Hortefeux pour obtenir un lien direct avec le candidat. C'est à lui, et à lui seul, qu'il adresse sa prose. Et il assure que nul autre que Sarkozy n'a le droit d'y retoucher. Une louche de Jaurès au petit déjeuner, une cuillerée de Blum au goûter et un zeste de Zola au dîner : le candidat ingurgite sans broncher et récite consciencieusement. Quoi qu'il dise, ses fans, parfois un rien déroutés, l'acclament. Le numéro est factice, mais la partition bien exécutée. Et l'auteur-compositeur Guaino très content de son interprète.

 

 Renaud Dely

© Libération

22/03/2007

Ces réformes qui divisent l’équipe Sarkozy

Deux projets de réforme constitutionnelle divisent l'équipe de Nicolas Sarkozy. Le 12 janvier 2006, le président de l'UMP déclarait : "Il est plus que temps d'ouvrir l'accès du Conseil constitutionnel au citoyen. Je propose que, à l'occasion d'un procès, tout plaignant qui estime que la loi en vertu de laquelle il risque d'être condamné est contraire à la Constitution puisse soulever une exception d’inconstitutionnalité." Cette idée d'une saisine du Conseil constitutionnel figurait dans une tribune envoyée à la fin de février 2007 par le candidat au Monde. Lorsque son conseiller Henri Guaino en a été informé, il s'est mis en colère et a exigé qu’elle soit corrigée. Trop tard, lui a-t-on répondu dans un premier temps. "Dans ce cas, je signerai le lendemain un texte intitulé ‘‘J’ai été trompé’’!" Le passage a finalement été supprimé. Autre controverse : l'UMP annonce dans son projet l'inscription dans la Constitution de la "règle d’or" (le déficit budgétaire n'est autorisé que pour financer des dépenses d'investissement, et non de fonctionnement). Sarkozy a repris la proposition à son compte, dans un entretien à L'Aisne nouvelle du 25 janvier. Opposition, là encore, de Guaino, qui indique que cette interview n'a pas été relue par le candidat lui-même, mais par son entourage. Sur les deux points, l'arbitrage définitif n'a pas encore été rendu.

 

Éric Mandonnet

© L'Express

21/03/2007

Seul François Bayrou ne dénonce pas la Banque centrale européenne

L'Europe a l'habitude : à chaque campagne électorale française, elle se retrouve au banc des accusés. Cette année, c'est plus particulièrement la Banque centrale européenne (BCE) qui est montrée du doigt. D'un côté par les souverainistes, opposés par principe à tout ce qui possède un caractère supranational, notamment la monnaie unique européenne. D'un autre côté par ceux qui refusent le statut d'indépendance de la BCE et son objectif principal de lutte contre l'inflation.

Cette dernière attitude est, classiquement, celle des candidats situés à la gauche de la gauche. Mais, fait nouveau, elle a également été adoptée par Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Il est vrai que la première est aussi soutenue par d'anciens "nonistes", membre du PS ou non (Jean-Pierre Chevènement), tandis que le second subit l'influence de l'ex-séguiniste Henri Guaino. On retrouve ainsi, en 2007, dans la bouche de ces deux défenseurs du "oui" au référendum sur la Constitution européenne, des arguments employés en 2005 par les partisans du "non".

Nicolas Sarkozy a été le premier à virer de bord, le 22 juin 2006, dans son discours d'Agen (Lot-et-Garonne). "Avons-nous déjà oublié le franc fort à tout prix qui nous a coûté cher en emplois, en pouvoir d'achat, en déficits et en endettement public pour que nous nous sentions obligés de recommencer ?", s'est interrogé l'ancien ministre du budget d'Édouard Balladur. Rebelote en décembre 2006, où il a pointé "l'autisme d'un certain nombre de banquiers qui ne comprennent pas que la priorité, ce n'est pas la lutte contre une inflation qui n'existe pas, c'est la lutte pour plus de croissance, pour plus d'emploi et pour moins de chômage". Avant de récidiver, le 6 mars dernier, à Cormeilles-en-Parisis (Val-d'Oise), en demandant que "la politique de surévaluation de l'euro qui est en train d'accentuer tous les problèmes d'Airbus et d'accélérer la désindustrialisation de l'Europe soit abandonnée".

Ségolène Royal lui a emboîté le pas, en décembre 2006, lors du congrès des socialistes européens à Porto (Portugal). "Ce n'est plus à Jean-Claude Trichet de décider de l'avenir de nos économies, c'est aux dirigeants démocratiquement élus", a lancé la candidate en souhaitant "que la BCE soit soumise à des décisions politiques, bien sûr celles de l'Eurogroupe, mais aussi celles du Conseil européen". Ségolène Royal a toutefois, ensuite, nuancé son propos. "Ce n'est pas à la BCE de prendre seule les décisions. Il ne s'agit pas de remettre en cause son indépendance mais il s'agit de ne pas la laisser exercer une omnipotence".

Ni Ségolène Royal ni Nicolas Sarkozy ne vont, en effet, jusqu'à remettre en cause le principe d'indépendance de la banque centrale, inscrite dans les traités européens depuis Maastricht. L'un et l'autre veulent, d'une part, donner à la BCE un interlocuteur politique à travers l'institution d'un "gouvernement économique de la zone euro". Et, d'autre part, ajouter dans son statut, à côté de la lutte contre l'inflation, l'objectif de la croissance et de l'emploi.

Quoi qu'il en soit, prenant aux mots les critiques de ses deux principaux concurrents, François Bayrou s'est posé en défenseur isolé de l'Union européenne. "Je ne partage pas les critiques et les affirmations négatives qui ont été faites autour de la BCE par Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy", a ainsi martelé le président le l'UDF, le 23 février dernier. Reste à savoir si Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont changé depuis quelques mois ou s'il ne s'agit de leur part que d'une posture électorale.

 

Laurent de Boissieu

© La Croix

26/02/2007

Henri Guaino, ciseleur du verbe sarkozyste

« J'aurais dû être journaliste. On m'aurait mieux payé, pour écrire beaucoup moins ! », maugrée Henri Guaino, depuis son tout petit bureau du ministère de l'Intérieur. Il y campe depuis dix mois, à quelques couloirs du ministre-candidat. Au début, un discours par mois lui permettait de reprendre son souffle : Nîmes en mai, Agen en juin, puis Marseille, Périgueux, Charleville-Mézières. Depuis le 14 janvier, c'est une voire deux interventions par semaine qu'il faut préparer avec le candidat.

Cette semaine ? Un déplacement à Madrid, où Sarkozy doit parler devant des Français expatriés. Et une réunion publique à Bordeaux. Plume désormais installée en « Sarkozie » et salariée depuis un mois par le compte de campagne du candidat, ce « drôle d'oiseau » devrait rester juché sur l'épaule de Sarkozy jusqu'au bout, si tout va bien : « Après, on me jettera comme un Kleenex ! », prévoit-il. Lui qui, en cas de victoire de Sarkozy, rêverait de diriger une grande entreprise publique, si possible EDF.

À 50 ans, cet homme de haute taille a toujours l'air un peu gauche dans son immuable costume rayé. L'oeil noir, le teint bistre qui lui vient d'Arles, d'où il est natif et où il retourne souvent, il agite de grandes mains, prêt à ferrailler comme un capitaine Fracasse. Il admire les maréchaux d'Empire et le siècle des Lumières, pas les spéculateurs balzaciens.

« Après 1988, j'ai su comment on perdait une campagne »

On en oublierait qu'il est économiste de profession, tant il cite Malraux, Hugo, Jaurès... C'est cette plume tourmentée que Nicolas Sarkozy a voulue pour sa cam-pagne. Le présidentiable tempère ses colères, et écoute les remer-ciements de ce sentimental - « Tu redonnes un sens à ma vie », s'est enthousiasmé récemment Henri Guaino. Et si la réciproque était vraie ? À sa façon, il donne du « sens » à Sarko. « Tu vas voir, c'est Guaino qui va me faire gagner cette présidentielle », a confié Sarkozy à l'un de ses plus proches amis.

La rencontre entre les deux hommes n'a rien de surprenant : ils ont usé leurs guêtres dans les soutes du RPR. Mais sans fréquenter les mêmes écuries. Gaulliste fervent, Guaino a étrenné pour la première fois ses talents avec la présidentielle de 1988. Il était chargé par un certain Jean-Marie Messier de réécrire les interviews du candidat Chirac. « Après ça, j'ai su comment on perdait une campagne », raconte Guaino.

Sa détestation des « experts », façon Messier, Jean-Claude Trichet - qui fut brièvement son patron à la Direction du Trésor -, ou Alain Minc, date-t-elle de là ? En tout cas, Guaino, qui a raté trois fois l'ENA, n'est pas un homme qui entre dans le moule et il fait grise mine quand on lui rappelle que Minc, sa bête noire, soutient lui aussi Sarkozy.

Économiste, il s'est façonné une doctrine à contre-courant de la « pensée unique ». La politique du franc fort fut, selon lui, une faute morale. Pas étonnant, dès lors, qu'il rejoigne Philippe Séguin en 1992. Ensemble, ils bataillent contre le traité de Maastricht et écrivent « Le discours sur la France », l'un des meilleurs de la décennie, lu trois heures durant à l'Assemblée nationale. « Une campagne comme celle-ci n'aurait pas été possible avec Séguin. Il me réveillait à une heure du matin pour intervertir deux paragraphes. Nicolas me fait plus confiance. Il est plus serein », commente l'intéressé.

Puis vint novembre 1994. Jacques Chirac est au plus bas. Ils se voient à l'hôtel de ville. Guaino plaide pour une vraie rupture avec la ligne Balladur. Pour lui, seule « l'autre politique » peut sauver Chirac du désastre. Cette rupture-là se révélera une arme de guerre fatale pour Édouard Balladur, qui incarnera, désormais, l'orthodoxie et la continuité. Sarkozy, qui est dans le camp d'en face, retiendra la leçon. Une fois élu, Chirac dit à Guaino de passer le voir s'il a « quelque chose à lui demander ». L'orgueilleux Guaino ne daigne pas quémander. Il sera finalement nommé commissaire au Plan par le ministre de l'Économie (UDF) Jean Arthuis, puis « viré » par Lionel Jospin. À l'époque, il reçoit le soutien d'Emmanuel Todd, inventeur de la « fracture sociale », et de Régis Debray.

Guaino-Sarkozy, une alliance qui surprend

Car Guaino, cet intello de droite, aime fréquenter les« républicains des deux rives ». Il est vrai que sa vie ferait rosir de fierté les instituteurs, ces « hussards noirs » qu'il aime tant, et dont il ressuscite l'imagerie dans les discours de Sarkozy. Petit, à Arles, il se souvient du poêle à charbon qui fumait dans le fond de la classe, et des enfants en blouse bleue... L'école a donné sa chance à ce garçon qui n'a pas connu son père. Élevé par sa mère, femme de ménage, et par sa grand-mère, il se souvient qu'on ne le laissait pas aller à tous les anniversaires, parce qu'on « ne pouvait pas rendre ». C'est dans cette petite ville du Midi où règne la SFIO de Guy Mollet qu'il apprend la geste gaullienne.

L'alliance « Guaino-Sarko » surprend aujourd'hui. Que vient faire cet auteur d'un livre rageur sur La Sottise des modernes, séguiniste de toujours, chez l'ami du show-biz, le plus moderne des politiques ? Celui qui ne veut pas que l'on confonde Walt Disney et Molière passe le plus clair de son temps avec « Sarko l'américain » ? Justement, Guaino est venu accoucher Sarkozy de lui-même. Un Sarkozy républicain, ni atlantiste, ni communautariste, ni ultralibéral.

Et les sceptiques sont nombreux : « Guaino va à Sarkozy comme des lunettes à un canard, peste l'ex-pasquaien William Abitbol, c'est du bluff. » « Il est très difficile de concilier la France éternelle et l'euro-libéralisme », avance son ami Franck Borotra. Régis Debray, dans les colonnes du Monde, s'en prend au « communautariste » Sarkozy, qui n'aurait pour seule boussole que les sondages. Colère de Guaino, qui défend son héros : « Qu'est-ce qui est vrai ? Ce que l'on dit à 30 ans, à 40 ? Ou ce que l'on dit dans cette épreuve de vérité terrible qu'est la présidentielle ? Où est le vrai Régis Debray ? Celui qui refusait de serrer la main de De Gaulle dans la cour de l'École normale, ou celui qui a écrit, vingt ans plus tard, un des meilleurs livres sur de Gaulle ? »

Guaino plaide pour que l'on prenne au mot le candidat. « Ce qui est dit et répété a une cohérence », dit-il. Il sera en tout cas de ceux qui auront donné à Sarkozy la campagne qu'il veut faire. Pour retrouver les sensations de l'orateur et faire vibrer la foule venue pour écouter l'éloquence retrouvée, le discours simple, direct, compréhensible de Sarkozy s'est enrichi des cuivres et des violons. Parfois, raconte Sarkozy, Guaino en fait trop : « Pour préparer mon discours du 14 janvier, je lui ai montré le testament du frère Christian à Tibéhirine. Il m'a écrit une page entière, mais c'était trop fort, trop long. L'émotion vient de ce qui est évoqué, pas exposé. Nous avons fait dix versions pour obtenir l'effet recherché. » « Les gens qui disent que c'est Guaino qui pense et Sarkozy qui parle se trompent totalement », prévient François Fillon, qui a assisté à la préparation de plusieurs discours. « Méfiez-vous de Guaino, il est dangereux », a dit Édouard Balladur à Sarkozy. « Ne vous inquiétez pas, il ne m'emmènera pas où je ne veux pas aller », a répondu le candidat UMP, qui espère conjuguer, en 2007, les campagnes que Balladur et Chirac firent séparément en 1995.

 

Charles Jaigu

© Le Figaro