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15/12/2003

Le dollar, notre problème

Ce n'est pas nouveau, mais cela a parfois du mal à s'imposer à nos esprits européens : la faiblesse du dollar n'est pas le problème des Américains mais le nôtre. Les doctrinaires de la monnaie forte plaindront les Américains qui subissent une dégringolade du dollar de 36 % depuis deux ans. Les industriels américains, eux, s'en réjouiront. L'orgueil national des États-Unis n'est pas atteint par la diminution du pouvoir d'achat du billet vert, bien au contraire. Pour l'orgueil national, ce qui compte c'est la puissance, or la dépréciation du dollar est, pour les États-Unis, un instrument de puissance au service de la compétitivité et de la conquête des marchés.

Le réalisme américain tranche de ce point de vue avec le dogmatisme européen qui fait de la dépréciation monétaire une humiliation collective, une véritable déroute économique, voire le signe d'une défaillance morale. On se souvient du slogan de Laval en 1935 : « La déflation plutôt que la dévaluation » et du résultat de cette politique qui prolongea et aggrava la crise jusqu'aux années 1940. On se souvient moins que les deux politiques françaises de redressement économique et financier les plus exemplaires du XXe siècle, celle de Poincaré en 1928 et celle du plan Rueff en 1958, procédaient de deux grandes dévaluations réussies du franc. Cela ne signifie pas que, partout et toujours, la dévaluation de la monnaie est la solution miracle, mais seulement que la parité de la monnaie est un levier comme un autre de la politique économique qu'il faut savoir utiliser avec pragmatisme.

La limite de la dévaluation se trouve dans l'inflation : pour faire baisser le prix de la monnaie, il faut accélérer la création monétaire, et si la quantité de monnaie en circulation augmente trop vite par rapport à l'introduction de biens et de services, le niveau général des prix a tendance à monter pour rééquilibrer l'offre et la demande.

La limite de la surévaluation se trouve dans la déflation : pour faire monter le prix de la monnaie, il faut freiner la création monétaire et si la quantité de monnaie en circulation diminue trop fortement par rapport à la production de biens et de services, le niveau général des prix a tendance à baisser.

En ruinant les épargnants, une inflation forte a des conséquences économiques néfastes. En entraînant une contraction générale de l'activité et en ruinant les actifs, la déflation a des conséquences dont la crise des années 1930 a montré à quel point elle pouvait être plus désastreuse encore que celle de l'inflation. En vérité, tout dépend des circonstances : les effets de la dépréciation ne sont pas les mêmes selon qu'il s'agit de mettre fin à une surévaluation, c'est-à-dire à une cherté excessive, en termed de pouvoir d'achat, de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères, ou selon qu'il s'agit de créer un avantage artificiel de compétitivité.

Les effets ne sont pas les mêmes, non plus, selon le statut de la monnaie concernée. En tant que monnaie internationale, le dollar jouit d'un statut tel que l'Amérique n'encourt pratiquement aucun risque de change ni sur la plupart de ses transactions commerciales, ni sur ses dettes. À l'inverse, la suprématie du dollar accroît pour l'Europe le handicap en termes de compétitivité quand l'Amérique joue comme aujourd'hui la baisse de sa monnaie.

Nombreuses sont les monnaies des pays émergents qui sont liées au dollar, notamment en Asie, de sorte que le dumping monétaire américain vient ajouter ses effets à ceux du dumping social et monétaire des pays à bas salaires qui exercent déjà une très forte pression concurrentielle sur les économies européennes.

Le jeu de l'euro fort est un jeu de dupe dans lequel l'Europe est doublement perdante. À s'obstiner à ne voir dans la baisse du dollar qu'un signe de la faiblesse et du laxisme américain, la Banque centrale européenne (BCE) met l'économie européenne dans une position périlleuse avec une monnaie fortement surévaluée. À demeurer obnubilée par le risque d'inflation, la BCE prend le risque énorme de passer à côté du risque bien plus dangereux de la déflation. En laissant le champ libre au dumping monétaire, la BCE provoque un affaiblissement du tissu industriel et une incitation à des délocalisations qui laisseront des traces durables et qui compromettront la croissance à long terme. La plupart des entreprises qui auront déménagé ne reviendront pas, celles qui seront mortes ne ressusciteront pas et le gâchis humain du chômage ne sera pas réparé en quelques années.

Au lieu de chercher à intimider les gouvernements qui ne remplissent pas les critères du pacte de stabilité en les menaçant implicitement d'une hausse des taux d'intérêt, la BCE ferait mieux de s'interroger sur ses propres dérives et ses responsabilités sociales. Ne serait-il pas temps d'ailleurs de poser sérieusement le problème de l'indépendance de la BCE et de rendre aux politiques, c'est-à-dire au Conseil des ministres européens, le pouvoir de fixer chaque année les objectifs de la politique monétaire en fonction des priorités économiques et sociales de l'Union, plutôt que de l'absurde idéologie de la monnaie forte ?

 

La Croix, 15/12/2003

 

17/11/2003

Forum social européen : pour quoi faire ?

Le mouvement altermondialiste, comme l'on dit aujourd'hui, tient depuis quelques jours le haut du pavé médiatique. La tenue du Forum social européen aura été l'occasion de relancer le débat sur la mondialisation, ce qui, en soi, est plutôt une bonne chose tant celle-ci aura servi, depuis près de deux décennies, d'alibi commode à toutes les impuissances publiques et à toutes les régressions sociales.

Réfléchir à la mondialisation, à sa nature, à sa portée, à ses conséquences réelles est utile, nécessaire même, dans la mesure où la signification du phénomène est devenue d'autant plus confuse que celui-ci était évoqué à tout bout de champ pour expliquer tout et n'importe quoi. Démythifier la mondialisation est sans doute l'antidote le plus efficace contre la pensée unique qui se dissimule derrière le masque d'un pseudo-déterministe économique qui n'est au fond rien d'autre qu'une forme modernisée du destin antique.

Est-on bien sûr cependant que les débats du Forum social européen et les discours altermondialistes contribuent efficacement à cette démythification ? Le succès indéniable qu'ils rencontrent reflète une angoisse collective bien réelle par rapport à l'évolution d'un monde qui semble de plus en plus dominé par des forces aussi mystérieuses qu'apparemment incontrôlables. Entre le progrès foudroyant des sciences et des techniques et la loi des marchés, le citoyen paraît condamné à subir, et la démocratie à capituler. Que faire face au clonage humain, à la vache folle, aux crises financières ou aux déchaînements spéculatifs ? Que faire face à la dictature de la valeur pour l'actionnaire, à la concurrence des pays à bas salaires, au dumping social et monétaire ?

L'altermondialisme se nourrit de ce sentiment d'impuissance dont il est en quelque sorte le baromètre. En cela au moins il mérite d'être pris au sérieux : le malaise profond qu'il exprime a bien plus de réalité que le supposé complot gauchiste censé se cacher derrière toute critique de la mondialisation. Reste qu'à part la proposition de la taxe Tobin sur les transactions financières, l'altermondialisme peine à sortir de la protestation pour se porter sur le terrain de la proposition. Le Forum social a fait une fois de plus ressortir le défaut fondamental d'un mouvement qui critique davantage le capitalisme que le discours et l'idéologie de la mondialisation.

En virant à l'anticapitalisme radical, l'utile protestation contre la marchandisation du monde s'enferme elle-même dans une impasse à la fois intellectuelle et politique. Au lieu de chercher à en finir avec le capitalisme mondial, il serait plus utile de chercher par quels moyens il est possible de faire prévaloir des principes de justice sociale et des nécessités de culture dans le monde tel qu'il est. On transforme mieux le capitalisme de l'intérieur que de l'extérieur, les Trente Glorieuses l'ont montré et l'État-providence fut une réussite sociale plus grande que l'État socialiste reposant sur l'abolition de la propriété.

Si l'on veut bien considérer que le capitalisme n'est rien d'autre que le nom que nous donnons à ce qui est depuis six cents ans la civilisation matérielle de l'Occident et que, à peine plus d'une décennie après la fin de la guerre froide et l'effondrement du mur de Berlin, le renversement du système de la propriété privée et des moyens de production est proprement impensable, la seule question qui vaut est celle de savoir si l'Europe peut, oui ou non, être sociale tout en restant ouverte et capitaliste.

Le moment est venu de passer aux travaux pratiques et non plus de spéculer sur les effets bénéfiques d'une nouvelle expérience en dehors de l'économie de marché. D'autant que réduire la critique de la mondialisation à l'anticapitalisme radical, c'est en réalité le jeu des idéologues d'un capitalisme financier dont l'irrationalité économique saute pourtant aux yeux. L'irréalisme des uns conforte évidemment ceux qui prétendent qu'il n'y a aucune alternative crédible au système actuel, qui fait passer la finance avant tout le reste.

Avec son livre intitulé Quand le capitalisme perd la tête, Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, sert davantage la cause de l'homme que beaucoup d'altermondialistes en attente de la crise finale. Ce relatif échec de la révolte contre un libéralisme pur et dur auquel la thématique de la mondialisation sert de paravent est d'autant plus dommage que le contexte n'a sans doute depuis trente ans jamais été aussi favorable à une remise à l'endroit du capitalisme et à la réhabilitation de l'État social, tellement les échecs et les défaillances d'un capitalisme financier sans frein sont devenus patents.

Comme le souligne Stiglitz, qui sait de quoi il parle : « Aujourd'hui la finance a perdu son lustre, mais il reste à assimiler la leçon : les marchés financiers ne sont pas la source de toute sagesse (...). Un pays qui se soumet sans réserve à leurs disciplines le fait à ses risques et périls. » Dans ce contexte, c'est à Beveridge et à Keynes qu'il faut se référer pour imaginer aujourd'hui les voies de la réforme, plutôt qu'à Marx ou à Proudhon. De ce point de vue le Forum social européen, pris en étau entre les libéraux-libertaires et les collectivistes, est peut-être une fois encore passé à côté de l'essentiel.

 

La Croix, 17/11/2003

 

20/10/2003

Une crise de paresse ?

Le thème de la dévalorisation du travail est de retour sur fond de polémique sur le déclin de la France. L'invitation à retrouver le goût de l'effort se fait pressante : pour renouer avec la croissance, il faut se retrousser les manches. À cause des 35 heures, de l'indemnisation du chômage, des minima sociaux, nous ne travaillons plus assez. La rengaine, déjà entendue dans les années 30, est connue : le chômage de masse serait d'abord la conséquence d'un accès de paresse généralisé.

Faire l'apologie de la valeur travail et dénoncer l'État providence comme propagateur de l'esprit d'assistance ne constitue pourtant pas une politique économique. Chercher le salut dans le démantèlement des acquis sociaux et la flexibilité totale ne vaut guère mieux. Autant celle-ci peut constituer un facteur équilibrant quand l'économie évolue au voisinage du plein-emploi, autant elle peut être déstabilisante dès lors que prévaut un sous-emploi massif ou que survient un choc très important. C'est une erreur fréquente aujourd'hui que de sous-estimer le puissant effet amortisseur, non seulement social mais aussi économique, de la protection sociale depuis un demi-siècle.

Ce qui est sûr, c'est que la place du travail dans la société a changé au cours des dernières années par rapport à ce qu'elle fut du temps des Trente Glorieuses. L'évolution des mentalités a peut-être joué un rôle, mais c'est surtout le bouleversement des données économiques fondamentales qui a changé la donne. Sur vingt-cinq ans, la prise de pouvoir du capital saute aux yeux. Tout y concourt : le progrès technique qui économise le travail, l'augmentation des charges qui pèse sur les salaires et accélère la substitution du capital au travail, la hausse de la fiscalité sur les revenus du travail, mais aussi les politiques de monnaie forte, la désinflation et les taux d'intérêt réels élevés qui pénalisent les actifs et alourdissent leur charge d'emprunt.

C'est peut-être la montée en puissance des marchés financiers sur fond de globalisation qui est la plus décisive : la dictature de la « création de valeur » pour l'actionnaire et les normes de rentabilité à court terme exorbitantes transforment l'emploi en variable d'ajustement. Les conséquences sont dans la dégradation des conditions de travail, dans la précarisation de l'emploi, dans la persistance du chômage de masse, dans la quasi-stagnation du pouvoir d'achat des salaires qui contrastent avec la grande prospérité des rentiers et des spéculateurs.

Dans une société où l'on s'enrichit bien plus en dormant et en spéculant qu'en travaillant et en entreprenant, il est bien difficile de vanter la valeur d'intégration et de promotion sociale du travail. Non que celui-ci ne soit pas désiré. Mais à force de se dérober, d'éclater, de se précariser, on peut comprendre qu'il ne soit plus vécu comme une émancipation mais comme une servitude de plus en plus pesante. Il faut regarder la réalité en face : la valeur travail est d'abord minée par l'insécurité sociale et non par la fainéantise due au relâchement des moeurs.

La situation de l'emploi en France est caractérisée par une faiblesse record des taux d'activité des moins de 25 ans et des plus de 55 ans, ainsi que par le fait que l'entrée en chômage y est plutôt moins fréquente que dans les autres grands pays développés mais que la sortie en est plus difficile. Croire que l'on pourrait améliorer nettement la situation de l'emploi en pénalisant les chômeurs pour accroître l'incitation au travail serait largement illusoire. Même s'il existe un volant non négligeable d'offres d'emplois non satisfaites, leur nombre est très faible par rapport au nombre des chômeurs qui cherchent réellement un emploi.

Si la plupart des chômeurs ne travaillent pas, c'est parce qu'il n'y a pas assez de postes à pourvoir. Chercher à augmenter l'incitation financière en abaissant les minima sociaux pour creuser l'écart avec le smic ne peut avoir qu'un effet à la marge. La perspective de ne pas passer sa vie bloquée au smic et la possibilité de s'inscrire dans une évolution de carrière positive, tant sur le plan de la qualification que du salaire, seraient des moteurs autrement plus pertinents, pourvu, encore une fois, que l'activité ne soit pas étouffée par des politiques macroéconomiques excessivement restrictives dont on finit par se demander si elles ne reposent pas sur le postulat implicite que le chômage de masse est un facteur de modération salariale qui contribue à accroître la compétitivité et les profits.

Avant de chercher à restaurer la valeur travail, peut-être serait-il plus judicieux de s'efforcer de restaurer la valeur du travail, en partageant plus équitablement les charges entre le travail et le capital, en rompant avec les politiques malthusiennes, en faisant prévaloir la cohésion sociale, et une conception de l'entreprise comme communauté de travail. Vaste programme, mais autrement plus fécond que cette inlassable lutte contre les acquis sociaux qui finit par virer à l'obsession.

 

La Croix, 20/10/2003

 

22/09/2003

Europe : les questions qui fâchent

L'affaire Alstom s'inscrit dans une longue dérive de la construction européenne qui place l'Europe en position de faiblesse dans l'économie globale. à la philosophie volontariste des pères fondateurs, qui voulaient fonder l'Europe sur des politiques communes, s'est progressivement substituée une Europe dont le seul objectif est le marché unique et la clé de voûte le droit de la concurrence. Il manque la volonté de puissance, la volonté de croissance et la volonté politique.

En misant tout sur la levée des barrières intracommunautaires, sur l'harmonisation des conditions de la concurrence, sur la monnaie unique et sur le pacte de stabilité, l'Union européenne (UE) a cherché à construire son unité contre l'idée même de puissance publique. Ce n'est pas par hasard si, chaque fois qu'elle doit statuer sur des problèmes industriels, la Commission n'attache absolument aucune importance aux logiques industrielles. Toute à son obsession de priver les États de leurs possibilités d'intervention, au nom d'une concurrence censée résoudre par elle-même, automatiquement, tous les problèmes économiques et sociaux, la Commission ne voit plus à quel point elle affaiblit l'Europe face à ses concurrents, en particulier les États-Unis.

Ce qui vaut pour la politique industrielle vaut aussi pour la politique budgétaire, où le refus de prendre en compte la conjoncture pour apprécier le déficit public bride la croissance européenne. Non que le déficit en soi doive être considéré comme un facteur de croissance. Mais relever les impôts et couper sauvagement dans la dépense publique en période de récession est une erreur économique aussi majeure que de relever les taux d'intérêt et de réévaluer la monnaie quand la croissance fléchit.

Ce que la Commission s'efforce aujourd'hui, consciemment ou inconsciemment, de faire prévaloir, ce ne sont pas tant des règles de vie communes, par ailleurs nécessaires, qu'une idéologie commune : celle de l'État minimum alors que, partout dans le monde, l'État joue un rôle économique de plus en plus actif. C'est bien là le paradoxe : aucun juge américain n'envisagerait d'appliquer la législation anti-trust aussi aveuglément que la Commission européenne applique le droit communautaire de la concurrence.

Le juge américain traque les abus de position dominante. La Commission européenne sanctionne la présomption d'abus de position dominante. Au risque de trahir la lettre et l'esprit des traités et de se faire désavouer par la Cour de justice, comme c'est de plus en plus souvent le cas. Mais les dégâts sont souvent irréparables dans une économie mondialisée où tout va très vite. Sur la baisse des impôts, comme sur l'entrée de l'État dans le capital d'Alstom, on peut peut-être reprocher au gouvernement français des erreurs de forme. Mais la forme est moins importante que le fond. Et quand la Commission oppose le respect formel du droit à l'objectif de croissance et d'emploi, elle ne rend pas service à la cause européenne. Elle éloigne de l'Europe les citoyens pour lesquels le chômage et le pouvoir d'achat sont les principales préoccupations.

Ne nous voilons pas la face : la crise actuelle est profonde. Mais elle sera peut-être salutaire en posant brutalement la question des finalités de l'Union et de la place de la démocratie et de la politique dans ses institutions. Si l'Union est une réponse à la mondialisation, elle ne peut pas se contenter d'être une zone de libre-échange, paralysée par une politique monétaire et une politique budgétaire éternellement restrictives, offrant ses entreprises à tous les prédateurs, attendant indéfiniment le retour de la croissance américaine. Comment l'Union serait-elle une réponse à la mondialisation, si elle renonce à être un acteur à part entière de l'économie mondiale, avec une volonté collective, une stratégie de développement, une capacité d'investissement, bref, une politique ?

L'initiative de croissance franco-allemande est un début de réponse. Réponse insuffisante, certes, et l'on se souvient du sort qui fut celui dans le passé de toutes les tentatives de ce type. Mais la conjoncture, en acculant en même temps la France et l'Allemagne à réagir face à la Commission, crée un contexte favorable à un changement en profondeur. D'un mal alors sortirait un bien : la réhabilitation de la politique, dans une Europe où les gouvernants ne sauraient se contenter plus longtemps d'expliquer à leurs concitoyens qu'ils ne peuvent absolument rien faire pour eux tant les contraintes dont ils sont prisonniers les réduisent à l'impuissance.

Ne pas aller aujourd'hui, alors qu'on parle de Constitution européenne, au bout du débat sur ce sujet, au motif qu'il faut au plus vite dénouer la crise, serait désastreux pour l'avenir. Le grand drame de l'Europe a été, au cours des vingt dernières années, d'avoir éludé tous les débats de fond. Cette volonté de consensus à tout prix était le contraire d'un acte de confiance dans l'Europe. Il ne faut pas chercher plus loin toute la fragilité actuelle de la construction européenne. Voici donc venu le moment de poser enfin les questions qui fâchent, celles de la croissance et de l'emploi notamment. Elles ne sont pas médiocres.

 

La Croix, 22/09/2003