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14/02/2005

De la nécessité d'un nouveau contrat social

La thèse de la sinistrose des Français comme cause principale des difficultés économiques de la France revient en force et, avec elle, le thème de la confiance comme solution à tous les maux. C'est confondre, une fois encore, les causes et les conséquences. On ne répétera sans doute jamais assez que, si la psychologie joue évidemment un rôle important en économie, ce n'est jamais la crise de moral qui cause la crise économique et sociale, mais toujours l'inverse.

C'est une chose de constater que la démoralisation nourrit le cercle vicieux de la dépression économique, cela en est une tout autre de croire que l'action psychologique suffira à renverser la conjoncture. La méthode Coué n'a jamais fait et ne fera jamais une politique. Elle est à peu près à l'économie ce que la propagande est à l'art de la guerre. « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts », proclamait la propagande officielle française en 1939. On a vu le résultat. Il eût mieux valu une bonne doctrine d'emploi des chars et de l'aviation.

Imaginer relever le défi de la mondialisation, faire pièce à la puissance américaine ou résister à la concurrence de l'Inde et de la Chine en proclamant que nous sommes les plus forts, relève davantage de l'autosuggestion que d'une saine évaluation de la situation économique. Nous ne vaincrons pas le chômage de masse qui nous tire vers le bas en nous contentant de faire de la psychologie, et la France n'ira pas mieux parce que l'on ne cessera de répéter qu'elle va bien. Cette stratégie prépare plus sûrement la défaite politique que la victoire économique.

« La France va mieux », disait Édouard Balladur en 1995. « La France va mieux », disait Lionel Jospin en 2002... Les Français qui, non sans raison, éprouvent le sentiment exactement inverse, ne pardonnent pas ce qu'ils perçoivent comme un déni de la réalité de la part de ceux qui les gouvernent. Leur opposer des statistiques ne sert à rien quand les moyennes cachent des disparités énormes et quand l'essentiel, c'est-à-dire le chômage de masse, la précarité et la dégradation des conditions de travail, est laissé de côté.

Il en va des statistiques économiques et sociales comme de celles concernant la sécurité : l'expérience quotidienne l'emporte sur les comptabilités incertaines et souvent discutables. Là comme ailleurs, il faut se garder du scientisme qui est un dévoiement de la science, et essayer de comprendre ce qui se passe dans la tête des gens plutôt que de les juger. Le citoyen a ses raisons que la statistique ne perçoit pas toujours et qui ne sont pas toujours mauvaises.

Il y a bel et bien un problème psychologique, il s'enracine dans la crise des représentations collectives. Cette crise est celle d'une société prométhéenne fondée sur l'idée de progrès et de croissance qui se retrouve brutalement confrontée à l'hypothèse de la régression. Quand s'installe la conviction que demain sera plus dur qu'hier, et que la situation des enfants sera moins bonne que celle des parents, disparaît l'espérance qui est le moteur du développement.

On peut préférer la civilisation du développement durable à la civilisation productiviste des Trente Glorieuses. Mais quand le productivisme demeure avec une intensité inégalée alors que l'idée de progrès, notamment le progrès social, s'effondre, la contradiction devient vite insoutenable. Le fait est que personne n'a su faire naître une espérance nouvelle, qu'aucun projet de société ou même de civilisation n'est venu remplacer l'ancien, et que la succession ininterrompue des politiques sacrificielles semble vouée à se prolonger sans fin sous l'inquiétante menace des délocalisations.

On sent bien que l'on ne peut pas résoudre un tel problème en répétant tous les jours que tout va bien ou en cherchant un regain de confiance dans la réduction des déficits publics qui sont aussi souvent des conséquences plutôt que des causes. On ne peut espérer s'en tirer davantage en expliquant que la mondialisation est une chance pour la France et que la concurrence résoudra tous les problèmes, ou encore qu'il suffit de punir les chômeurs pour qu'ils se remettent immédiatement au travail. Les Français n'attendent pas de miracle mais, pour commencer à retrouver le moral, ils ont besoin non qu'on leur fasse la morale, mais qu'on leur propose un nouveau contrat social et des solutions pour faire reculer le chômage de masse.

 

La Croix, 14/02/2005

 

17/01/2005

En attendant le retour du volontarisme économique

On hésite encore en ce début d'année 2005 à pronostiquer le retour d'une politique économique active tant la tendance est, depuis vingt ans, à l'effacement progressif du rôle économique de l'État. L'échec des politiques macroéconomiques d'inspiration keynésienne dans les années 1970 et au début des années 1980, et la grande vague de la déréglementation, de la privatisation et de la libéralisation des mouvements de capitaux et de marchandises de la fin du XXe siècle semblait avoir conféré au seul marché le soin de diriger l'économie. Il paraissait acquis qu'à l'avenir ne seraient plus tolérées que les seules interventions d'autorités indépendantes ayant pour unique objet de supprimer toute entrave au libre jeu de l'offre et de la demande, et de garantir la perfection de la concurrence. Toute politique publique ayant un autre but que le strict respect des règles du jeu concurrentiel et des droits de propriété était donc proscrite.

C'était, du moins, la leçon qu'avait retenue l'Europe qui, entre le pacte de stabilité, le droit communautaire de la concurrence, le culte de la monnaie forte et le libre-échange intégral est devenue le meilleur disciple du libéralisme doctrinaire. En fait, le seul, si l'on veut bien considérer que les États-Unis et le Japon ne se sont jamais convertis pour eux-mêmes à cette nouvelle religion économique bien qu'ils en fussent les principaux propagandistes pour les autres. Pour le meilleur, et quelquefois pour le pire, ils n'ont jamais cessé de conduire des politiques macroéconomiques, monétaires, fiscales, industrielles et commerciales, extrêmement actives quand l'Europe sacralisait l'impuissance publique avec la foi aveugle des néophytes.

Au regard de cette évolution depuis deux décennies, la réforme du pacte de stabilité, l'interrogation sur la politique de l'euro fort face au dollar faible, la montée des critiques contre les délocalisations et le sauvetage d'Alstom, le retour en grâce des politiques industrielles, dessinent un contexte nouveau. L'intensité et la rapidité de la riposte des idéologues d'un libéralisme intégral contre le projet d'agence de l'innovation industrielle proposé par le rapport Beffa, montre à quel point le changement de climat est loin d'être anodin. Pour autant, rien n'est acquis encore s'agissant du retour du volontarisme économique en Europe.

De ce point de vue, le débat sur la soi-disant dépolitisation des tarifs publics laisse plutôt perplexe. Comme si la question de la répartition des surplus d'une entreprise publique n'était pas une question forcément politique, et d'autant plus politique qu'il s'agit de biens essentiels et d'une clientèle en partie captive. Aucun gouvernement ne peut s'exonérer d'un tel arbitrage, pas plus qu'il ne peut rester indifférent aux conditions dans lesquelles les familles les plus modestes peuvent s'éclairer ou se chauffer, ni éluder la question morale qui se pose lorsqu'on prétend faire payer à des usagers qui ont du mal à boucler leurs fins de mois mais qui ne peuvent se dispenser de l'électricité, le coût des erreurs stratégiques de dirigeants d'entreprises publiques qui ont, comme l'a dit le ministre délégué à l'industrie, jeté l'argent par les fenêtres ?

Autre débat préoccupant, celui qui se développe une fois de plus autour de la prévision de croissance pour 2005. Gouverner, ce n'est pas prévoir au mieux l'évolution de la conjoncture mais chercher à infléchir celle-ci dans le bon sens. Si la volonté politique est de retour dans le champ de l'économie, le plus important n'est pas de savoir si Bercy a eu raison de tabler sur 2,5 % de croissance cette année, mais de savoir ce que Bercy compte faire pour que cette croissance soit la plus élevée possible. C'est à cette aune seulement que doit être appréciée la pertinence du budget, dès lors que l'on n'est pas converti à une doctrine qui n'assigne comme rôle aux pouvoirs publics que d'attendre les bras croisés les retournements de la conjoncture internationale et de les commenter.

C'est là que la thématique de la soi-disant sinistrose économique des Français laisse quelque peu perplexe par son ambiguïté. Elle est tout à fait utile si elle exprime l'impérieuse nécessité de combattre l'angoisse des Français face à l'insuffisance du pouvoir d'achat, au chômage de masse et à la précarité. Elle est extrêmement négative si elle reflète le diagnostic erroné selon lequel la crise française ne serait qu'une simple crise de moral et qu'il suffirait d'une simple action psychologique pour sortir de la déprime. Car, s'il est vrai qu'il y a beaucoup de psychologie dans l'économie, la méthode Coué n'a jamais fait une politique économique ni suffi à fabriquer de la croissance et des emplois.

Le retour effectif de la politique économique est d'abord conditionné par la révision effective du pacte de stabilité afin d'exclure des critères de convergence tout ou partie des investissements publics, et par une réforme du droit de la concurrence. C'est sur ces deux fronts que l'Europe a maintenant à décider si elle a la volonté de peser sur la conjoncture internationale ou si elle se contente à jamais de la subir. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la partie n'est pas encore gagnée.

 

La Croix, 17/01/2005

 

13/12/2004

L'économie de l'intelligence

Il y a en Europe de nos jours une sorte de fatalisme face à la croissance, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle ne porte pas à l'esprit de conquête. Plutôt que de prendre son destin économique en main, l'Europe paraît attendre que son salut lui vienne d'ailleurs, résignée à subir cette conjoncture internationale qui se résume de plus en plus à la conjoncture américaine. Ce qui contraste singulièrement avec le volontarisme économique qui triomphe partout ailleurs, et particulièrement aux États-Unis.

Laissons de côté les politiques macroéconomiques étranglées par le pacte de stabilité, l'indépendance absolue de la banque centrale européenne, et l'absence d'un gouvernement économique digne de ce nom. Plus préoccupante sur le long terme est la défaillance des politiques structurelles qui se résument trop souvent à la seule déréglementation du marché du travail, comme si la facilité à licencier et la flexibilité des salaires suffisaient à créer de l'activité et de l'emploi.

Certes, les discours sur l'économie de la connaissance, sur la recherche, sur l'éducation, la formation, les compétences, l'innovation ne manquent pas. Il y a même un trop-plein, d'autant plus extravagant que les actes ne suivent pas pour permettre à l'Europe de relever le défi de la mondialisation, d'accroître sa prospérité, mais aussi de faire prévaloir sa culture et une certaine idée de la civilisation.

À Lisbonne, en 2000, le Conseil européen avait paru prendre la mesure de l'enjeu. À Barcelone, en 2002, il avait réitéré sa volonté de relever le défi et de combler l'écart avec les États-Unis. Écart énorme puisque les États-Unis dépensaient alors deux fois plus que les Quinze dans la recherche développement (R & D), et presque trois fois plus par étudiant de l'enseignement supérieur.

Force est de constater que depuis Lisbonne et Barcelone, loin de se réduire, l'écart au contraire s'est creusé. L'Europe sacrifie son avenir en n'investissant massivement ni dans la recherche, ni dans les équipements, ni dans les hommes, tandis que les États-Unis redoublent d'efforts en faisant payer la facture par le reste du monde, tandis que l'Inde ou la Chine sont en passe de concurrencer les pays plus développés sur les technologies les plus évoluées, comme en témoigne le rachat par un groupe chinois de la division PC d'IBM.

Tous les rapports le reconnaissent : le bilan de Lisbonne et de Barcelone est désastreux. À l'échelle de l'Union, comme à l'échelle des états, l'Europe réduit ses dépenses d'avenir et concentre toute son énergie sur la seule politique de la concurrence qui, à force de dogmatisme, finit par devenir une politique de désarmement économique. À continuer sur cette mauvaise pente, l'Europe signerait son inéluctable déclin et préparerait sa dépendance future. Le débat autour de la réforme du pacte de stabilité est à cet égard exemplaire. Est-il compréhensible qu'on hésite encore à exclure du calcul des déficits les dépenses de R & D d'éducation, et même les dépenses de défense dont on sait le rôle qu'elles jouent dans le système américain d'innovation ? Quitte à être plus rigoureux sur les critères dès lors que ces dépenses d'avenir en seraient retranchées.

L'effort à accomplir pour basculer dans l'économie de l'intelligence est immense. Tout le monde le sait. Reste à en tirer les conséquences en termes de priorités, d'organisation et de moyens. Reste aussi à bien comprendre que cette condition nécessaire de la croissance future, de l'emploi et du rayonnement culturel de l'Europe, pour être vitale, n'est en aucun cas suffisante. Une nation, a fortiori un continent, ne sera jamais peuplée exclusivement d'ingénieurs, d'informaticiens, de savants et d'entrepreneurs. La réussite économique à venir dépend de la capacité à élever le niveau de qualification sans pénaliser pour autant le travail peu qualifié.

Pour éviter qu'une masse croissante de chômeurs peu qualifiés tire les prélèvements sociaux vers le haut et la compétitivité vers le bas, il faut se battre simultanément sur le front des activités à forte productivité exposées à la concurrence internationale et sur celui des services peu productifs abrités de la concurrence internationale et difficilement ou pas du tout délocalisables. Opposer la nouvelle économie à l'ancienne, ou les technologies de pointe aux services à la personne, est non seulement absurde mais largement contre-productif. Alléger le coût du travail peu qualifié en alourdissant celui du travail le plus qualifié ne mène nulle part. Ralentir le progrès technique pour protéger l'emploi à court terme serait pire encore, puisqu'il est depuis toujours le facteur décisif de la croissance. La seule voie raisonnable est dans la stimulation de l'innovation et dans la création de débouchés pour la main-d'oeuvre libérée par les gains de productivité. Il n'y a pas de politique économique de l'intelligence qui ne s'inscrive dans une stratégie globale qui dépasse le simple encouragement à l'investissement dans la recherche et dans les nouvelles technologies. C'est cette stratégie globale qui fait défaut à l'Europe, et cette défaillance la place en porte à faux dans la compétition mondiale.

 

La Croix, 13/12/2004

 

15/11/2004

La fuite en avant américaine

La fameuse « révolution conservatrice américaine » n'est-elle pas, pour partie au moins, une fuite en avant de l'Amérique face à des réalités par lesquelles elle refuse, consciemment ou incon sciemment, de se laisser rattraper ? Sans doute est-ce assez largement le cas sur le terrain de la morale ou sur celui de la guerre en Irak où l'échec des États-Unis apparaît chaque jour plus inéluctable. Et c'est peut-être dans l'économie que la fuite en avant est la plus évidente. Elle se lit, bien sûr, dans les déficits internes et externes abyssaux.

Celui du budget fédéral et celui de la balance courante sautent aux yeux. Ce ne sont peut-être pas pour autant les plus significatifs. En effet, pour la première fois, le double déficit du budget et des comptes extérieurs se combine avec un déficit important de l'épargne privée domestique.

Le déficit des finances publiques américaines est donc désormais totalement financé par l'épargne du reste du monde et les États-Unis consomment davantage qu'ils ne produisent. Ne produisant plus assez, n'exportant plus suffisamment et désépargnant au lieu d'épargner, l'Amérique a, en quelque sorte, pris acte de son déclin industriel un temps masqué par la bulle de la nouvelle économie. Elle a donc oeuvré à l'émergence d'un capitalisme financier mondial dont elle est le pivot, pour remplacer un capitalisme industriel dont elle était vouée à ne plus être le centre depuis que l'émergence de nouvelles puissances industrielles était devenue inéluctable.

Les États-Unis empruntent massivement au reste du monde pour financer non seulement leurs investissements mais aussi une partie de leur consommation. Grâce au dollar qui leur permet de s'endetter dans leur propre monnaie, ils se sont installés en intermédiaire financier central du nouveau capitalisme mondial. Les banques centrales des pays excédentaires, en l'occurrence essentiellement les pays asiatiques, accumulent d'immenses réserves en dollars qu'elles placent en actifs américains, pour l'essentiel en bons du trésor. Tant que ce recyclage est assuré, il n'y a pas de limite objective au déficit américain et cela durera tant que les dragons asiatiques, et en particulier la Chine, accepteront d'accumuler des montagnes de dollars.

À partir de là, on peut évidemment multiplier les scénarios d'atterrissage de l'économie mondiale allant de l'atterrissage en douceur à la catastrophe planétaire. Mais peut-être est-il plus intéressant de comprendre que, dans le système actuel, c'est la politique qui prime et non l'économie. Ou, pour être plus exact, l'économie américaine est portée par la politique et non l'inverse. Comme en 1945, la puissance américaine est d'abord politique et militaire. En 1945, c'est leur puissance politique et militaire qui installent les États-Unis comme pivots du système monétaire international issu des accords de Bretton Woods, aujourd'hui c'est encore leur puissance politique et militaire qui les installent comme pivots du nouveau capitalisme financier mondial, à ceci près qu'en 1945, les États-Unis cherchaient des débouchés et qu'aujourd'hui ils cherchent surtout des capitaux.

Le tour de force américain est de faire financer cette puissance politique et militaire par le reste du monde. On dit que l'Irak coûte cher à l'Amérique. Mais cela a-t-il une si grande importance dès lors que ce sont les autres qui règlent la facture par dollars interposés ? Jugé à l'aune de la rationalité économique, le jeu est dangereux. Mais, contrairement à ce que croient beaucoup d'économistes, il ne repose pas simplement sur la confiance du créancier envers son débiteur ou sur des anticipations positives sur la croissance américaine. Il repose sur la force de l'imperium américain.

George Bush n'est pas l'inventeur de cette stratégie, ni le seul à en avoir compris les ressorts. Mais il est sans doute le premier à la jouer à visage découvert à travers la croisade contre le terrorisme. Et c'est sans doute ce qui nous est au fond le plus insupportable. D'une certaine manière, les États-Unis ont réussi à imposer le financement de leur déficit comme une sorte de contribution obligatoire du reste du monde à l'effort américain pour préserver la paix et la sécurité mondiale. Et le fait est que si, depuis quatre ans, l'économie américaine s'est plutôt affaiblie et fragilisée, le pouvoir économique des États-Unis sur le monde s'est plutôt renforcé grâce à une politique de puissance menée sans état d'âme mais qui oblige l'Amérique à aller toujours plus loin dans l'affirmation de cette puissance.

La fragilité de l'Amérique de George Bush n'est pas tant dans les déficits eux-mêmes que dans cette dangereuse nécessité de montrer toujours davantage sa force, d'impressionner et d'intimider toujours davantage pour tenter de conjurer le sort de tous les empires qui, à force de piller les ressources des États vassaux, finissent par devenir tellement dépendants de ceux qu'ils dominent que leur puissance finit par s'effondrer sur elle-même. La grande faiblesse de l'Europe face à cette politique de puissance est de ne pas s'être encore mise d'accord avec elle-même sur l'Europe-puissance. Mais c'est aussi la grande menace qui pèse sur le monde de ne le voir bientôt régi que par des politiques de puissance antagonistes. Qui a dit : « L'économie, c'est la paix » ?

 

La Croix, 15/11/2004