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06/01/2003

Leçons d'histoire économique

Le fait est là : depuis quelques décennies, les acteurs et les théoriciens de l'économie avaient fini par oublier l'histoire économique. Le souverain mépris dans lequel elle était tenue l'avait reléguée au rang de discipline inutile dans la formation des gestionnaires comme dans celle des économistes. Le changement avait, pensait-t-on, à ce point aboli le passé qu'on ne pouvait plus espérer en tirer aucune leçon, ni pour le présent ni a fortiori pour le futur. Sans doute l'historicisme marxiste avait-il beaucoup contribué à disqualifier l'approche historique en économie. Mais il est probable que cette disqualification devait davantage encore à l'abolition de la durée, qui est le corollaire de notre obsession contemporaine de la vitesse et de ce sentiment d'orgueil démesuré de notre époque, qui se pense tellement supérieure à toutes les autres qu'elle est convaincue de ne rien leur devoir.

L'industrie, les cycles économiques, la déflation, les krachs boursiers, les politiques macroéconomiques, l'intervention économique de la puissance publique, le service public, l'intermédiation financière, tout cela appartenait à un passé prétendument révolu, tout comme les nations, les Etats, les entreprises ou les banques. Une nouvelle économie était née, globale, planétaire, financière, virtuelle, dans laquelle, désormais, rien ne se passerait plus comme avant, pour laquelle le temps, l'espace, la rareté étaient des notions périmées.

A ceux qui, instruits des crises boursières du passé, guettaient l'effondrement de la Bourse qui ne cessait de monter, on rétorquait que les marchés d'aujourd'hui n'avaient rien à voir avec ceux d'hier et que la chute de la Bourse était devenue impossible. A ceux qui comparaient la spéculation sur les nouvelles technologies avec la spéculation du XIXe siècle sur les chemins de fer, on répondait qu'il n'y avait rien de commun entre la révolution industrielle et la révolution de l'information.

A ceux qui voyaient dans les déséquilibres de la croissance la surévaluation des actifs et dans l'endettement les causes habituelles du retournement à venir de la conjoncture, on opposait la naissance d'un nouveau paradigme de la croissance indéfinie de la productivité. A ceux qui soulignaient que des taux d'intérêt réels trop élevés avaient toujours été un facteur de crise du capitalisme ou que la déflation avait toujours, historiquement, été la pire des choses pour l'économie de marché, on objectait que la finance directe et la désintermédiation avaient tout changé et que, désormais, la déflation valait mieux que la dévaluation.

A ceux qui avaient appris de l'histoire qu'il n'y a pas de progrès économique durable quand on s'enrichit davantage en spéculant et en dormant qu'en travaillant, et que la part du travail dans la répartition de la valeur ajoutée ne peut indéfiniment décroître, on répétait que, désormais, le capital mène le monde, et que le marché a toujours raison. A ceux qui avaient compris en étudiant Braudel et l'histoire du capitalisme qu'il n'y a pas de capitalisme fort sans un Etat fort, on opposait l'évidente prospérité d'un monde où l'Etat reculait partout en postulant que cette prospérité durerait toujours, comme on opposait les résultats mirobolants d'Enron à tous ceux qui affirmaient que son modèle économique était voué à l'échec.

On pourrait continuer longtemps cette énumération. Un seul discours, une seule certitude, une seule vérité s'imposait : puisque tout était radicalement nouveau, puisque la mondialisation, la globalisation, la révolution de l'information étaient des phénomènes absolument inédits, plus aucune mise en perspective historique ne valait désormais quoi que ce soit. C'est cette absurde idéologie de la table rase qui vient en quelques années de s'effondrer. La grande leçon des événements récents, dans la conjoncture, comme dans la vie des entreprises, c'est qu'aujourd'hui comme hier les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Aujourd'hui comme hier, on ne produit rien à partir de rien. Aujourd'hui comme hier, les bulles spéculatives finissent toujours par éclater. Aujourd'hui comme hier, le marché n'a pas réponse à tout. Aujourd'hui comme hier, répondre à la récession par le rationnement de la dépense, la hausse des impôts, la réévalution du change et la hausse des taux d'intérêt, aggrave la récession. Aujourd'hui comme hier, une exigeance de rentabilité de 15 % est incompatible avec le développement d'une économie dont le taux naturel de croissance à long terme ne dépasse pas 4 à 5 % en volume. Aujourd'hui comme hier, le négoce ne peut gouverner seul la production d'électricité. Aujourd'hui comme hier, le capitalisme repose sur le fragile édifice de la confiance, la force de l'Etat et la juste rémunération de l'initiative et du travail.

L'économie a changé, mais la mondialisation n'est pas un phénomène récent et l'économie de l'information se comporte par bien des aspects comme la vieille économie industrielle. Il y a manifestement toujours des leçons à tirer de l'histoire économique. La raison en est simple : ce sont les hommes qui font l'économie en luttant contre la rareté et, si la technique a changé, les hommes, au fond, n'ont pas beaucoup changé, le calcul économique non plus. Avoir médité un peu plus les leçons de l'histoire économique nous aurait évité, sans doute, bien des déboires.

 

La Croix, 06/01/2003

 

02/12/2002

Réhabiliter l'idée de progrès

Le capitalisme, pour fonctionner correctement, a besoin d'une certaine dose d'optimisme.

 

On a pris la détestable habitude de se gausser de ces Français qui ont peur de l'avenir et qui se crispent sur leurs avantages acquis. C'est sans doute qu'on n'a pas bien mesuré à quel point cette peur dépassait largement les frontières françaises, ni combien elle pesait lourd dans la marche de la civilisation et dans celle de l'économie. On aurait, ce faisant, compris que ce sentiment n'avait rien d'anecdotique et méritait, compte tenu de ses conséquences, davantage d'être étudié que moqué.

Il faut aller en chercher les racines non dans l'émergence d'une sorte de conservatisme obtus, adossé à tous les corporatismes, mais dans la remise en cause de l'idée de progrès, principe moteur, multiséculaire, de la civilisation occidentale. On ne reviendra pas ici sur toutes les bonnes et les mauvaises raisons qui ont nourri la critique du progrès depuis des décennies, ni sur la fin salutaire de l'idéologie du progressisme. Mais on observera que la démolition de l'idée même de progrès, c'est-à-dire de l'espérance que demain peut être mieux qu'aujourd'hui, est désastreuse. Sans la conviction qu'il est possible de fabriquer un avenir meilleur, c'est tout l'élan créateur de notre société prométhéenne qui se trouve brisé, tout le ressort de l'expansion qui se trouve cassé.

Le moteur de la croissance c'est l'investissement, c'est-à-dire le pari sur l'avenir. Sans investissement, pas d'accumulation du capital matériel ni du capital humain. La crise de confiance dans le futur se lit dans la baisse des taux d'investissements productifs, mais aussi dans la chute des taux de natalité ou encore dans la montée du stress des classes d'âge actives, dans le suicide des jeunes, dans la consommation de stupéfiants...

A force de récuser l'idéal des Lumières, de la perfectibilité de l'homme et du monde, on a créé un vide désespérant dans lequel se déploie l'obscurantisme, l'occultisme, la divination, les sectes, mais aussi cette étrange ivresse de la jouissance immédiate, du jeu, ou du changement pour le changement qui marque si profondément notre époque. Alors que l'aspiration au progrès portait des projets collectifs et les inscrivait dans la durée, l'absence de lutte dissout le projet dans une agitation frénétique où le changement n'est plus que le remède éphémère à l'angoisse existentielle. Elle dissout aussi les repères, les routines, les habitudes, les institutions et les organisations.

Les Etats, les sytèmes de retraite et les entreprises sont logés à la même enseigne, tout comme le lien social ou le droit. En tout, la nouveauté l'emporte sur toute forme de permanence. Mais la nouveauté n'est plus neuve au moment même où elle commence d'exister... Sans point fixe, sans élément stable, la course effrénée et perdue d'avance à la nouveauté pour la nouveauté ne produit rien, ne construit rien. Pire, elle empêche la production en abolissant la durée.

Entre l'homme des Trente Glorieuses qui savait, ou qui croyait savoir où il allait, et l'homme d'aujourd'hui qui ne sait même plus où il est, il y a un gouffre. Le capitalisme pour fonctionner correctement a besoin d'une certaine dose d'optimisme. La sécurité économique, sociale, publique n'est pas seulement la conséquence de la croissance, c'en est tout autant la cause : on produit davantage, on travaille mieux quand on n'a pas la peur au ventre, l'angoisse du lendemain.

Opposer la liberté individuelle, la responsabilité personnelle, la flexibilité, la mobilité au collectivisme, à la bureaucratie, à l'inertie avait un sens. Confondre la fin du collectivisme avec celle du projet de société et la fin de la bureaucratie avec celle de l'organisation et des institutions n'a aucun sens.

La crise économique et sociale est plus profonde qu'on ne le croit. Elle reflète, on le sait depuis longtemps, une crise du sens. Elle reflète aussi, on l'a moins clairement perçu jusqu'à présent, une dépréciation du futur qui est imputable à notre incapacité présente à nous projeter collectivement dans l'avenir faute d'une nouvelle synthèse réussie entre l'individuel et le social, entre le particulier et le collectif.

L'Europe où la notion de contrat social joue depuis si longtemps un rôle déterminant est particulièrement touchée. La désintégration des systèmes de retraite, de la protection sociale et des services publics, la crise des systèmes éducatifs, la désindustrialisation, la précarisation de l'emploi, l'affaiblissement des normes collectives et la remontée corrélative de la violence anomique ne sont pas pour rien dans le malaise économique européen.

Risquons un pari : ce malaise s'approfondira à proportion de la montée de l'angoisse, il se résorbera en fonction de notre capacité à reconstruire un contrat social. Les vieilles structures achèvent de se disloquer sous les coups de boutoir de la mondialisation et de la concurrence. Qu'allons-nous mettre à la place ? Voilà la seule question qui vaille dès lors qu'il est clair que le pouvoir inconscient du marché ne fabrique aucune vision de l'avenir, ne fixe aucun repère, ne donne aucun sens.

 

La Croix, 02/12/2002

 

28/10/2002

Union Européenne

Si le principe du pacte n'est pas contestable, son contenu l'est davantage.

 

L'Europe de la monnaie unique, faute d'être fédérale, a besoin d'une discipline commune. Pour éviter que l'aventurisme de quelques-uns ne mette en péril la stabilité de l'ensemble, il faut s'entendre sur des règles et des principes applicables par tous dans la gestion des finances publiques. C'est cette évidente nécessité qui a présidé à la négociation du pacte de stabilité. Mais si le principe du pacte n'est pas contestable, son contenu l'est davantage. Romano Prodi, le président de la Commission européenne, en dénonçant sans excessive précaution oratoire la stupidité d'une règle trop rigide, met utilement les pieds dans le plat.

Il n'y a pas si longtemps, il suffisait de juger absurde l'application mécanique de la règle des 3 % du PIB de déficit budgétaire maximum autorisé pour se faire traiter, au choix, de laxiste ou d'anti-européen. Il a fallu attendre que le Portugal, l'Allemagne, la France et l'Italie se trouvent ensemble dans une situation inextricable pour reconnaître enfin le caractère évidemment arbitraire de la règle des 3 %. Car enfin, pourquoi pas 2 %, pourquoi pas 4 % ? Ces 3 % ne furent pas le fruit d'un calcul économique rigoureux mais d'un marchandage politique entre la France et l'Allemagne. Or, dès lors que la conjoncture est mauvaise, cette règle est inapplicable. A tel point que les tenants du pacte ont fini par admettre qu'il faudrait distinguer le déficit structurel du déficit conjoncturel.

A la ligne dure qui prônait le déficit zéro en période de bonne conjoncture, et un déficit de moins de 3 % en période de récession, s'est progressivement substituée une ligne un peu plus souple appelant à la disparition du déficit structurel. Mais il est bien difficile de faire le partage précis entre structurel et conjoncturel, non seulement parce qu'il n'y a pas de définition rigoureuse de ces concepts, mais aussi parce que la récession laisse des traces durables dans les finances publiques. On n'écrit pas un budget sur une page blanche. Longtemps la dette accumulée dans le passé continue de produire ses effets, et les charges de personnel, les programmes d'équipement, les dépenses sociales ne peuvent s'ajuster que progressivement. On ne réduit la charge de la dette qu'en la remboursant ou en faisant baisser les taux d'intérêt. On ne réduit les frais de fonctionnement qu'en réformant l'Etat en profondeur.

A vrai dire la principale variable d'ajustement se trouve dans les dépenses d'investissement, non sans coût, car en étalant les programmes déjà engagés on alourdit la facture. On paye aujourd'hui les conséquences de la politique déflationniste du début des années 1990 qui a creusé les déficits, alourdi l'endettement et fait prendre à l'investissement public un retard considérable. Il est bien difficile de dire si cet héritage est conjoncturel ou structurel. En économie, seul l'avenir compte. Pour payer le service de la dette et rattraper le temps perdu, il faut faire de la croissance, et pour faire de la croissance il faut investir. Réduire l'investissement pour compenser les erreurs du passé au nom d'une approche strictement comptable, c'est prendre le risque d'enclencher un cercle vicieux qui tire l'économie vers le bas.

C'est précisément le défaut congénital du pacte de stabilité : il freine l'investissement quand celui-ci est le plus nécessaire. Pour bien comprendre, il faut revenir aux conventions comptables : le budget de l'Etat est construit sur une comptabilité de caisse. L'entreprise qui finance son investissement par l'emprunt n'affiche pas un déficit. L'Etat qui finance son investissement par l'emprunt affiche forcément un déficit. La réforme essentielle du pacte devrait porter sur la distinction entre les dépenses d'investissement public qui peuvent, en bonne orthodoxie financière, être financées par l'emprunt dès lors que l'on peut en espérer un retour. Et les dépenses de consommation qui doivent être financées par l'impôt dès lors qu'il est vain d'en attendre des recettes.

Cette approche exigerait, bien sûr, que l'on procède à une analyse économique et non plus seulement juridique et comptable des dépenses publiques et que l'on se donne les moyens de mesurer leur productivité et pas seulement leur montant. Rien moins, donc, qu'une véritable révolution culturelle par rapport au budgétarisme traditionnel qui traite toute dépense publique comme une charge nette pour la collectivité. Mais, à vrai dire, la politique économique est un art tout d'exécution et une affaire de circonstances et non de norme quantitative rigide, ce dont témoigne assez le pragmatisme budgétaire américain. En imposant un carcan inadaptable aux circonstances, le pacte de stabilité est créateur d'instabilité.

L'Europe a davantage besoin d'un gouvernement économique et d'une banque centrale pragmatique que d'un pacte d'instabilité et d'une banque centrale indifférente à la croissance et à l'emploi. Serait-il bien raisonnable aujourd'hui de vouloir combler le déficit français en augmentant les impôts ? Romano Prodi a raison.

 

La Croix, 28/10/2002

 

30/09/2002

L'Etat actionnaire en question

Le contrôle par l'Etat de la majorité du capital d'une entreprise peut être justifié.

 

Le procès ouvert contre l'Etat actionnaire à l'occasion de l'affaire France Télécom est stupéfiant. On a bien du mal à démêler la critique objective, l'idéologie et la mauvaise foi, dans ce nouveau procès en sorcellerie. Mais il est certain que la généralisation du cas d'espèce de France Télécom pour fonder une théorie de la défaillance inéluctable de l'Etat actionnaire est abusive.

Qu'en l'occurrence, la défaillance de l'Etat soit avérée est évident. A aucun moment il n'a joué lucidement son rôle d'actionnaire majoritaire. Non que le contrôle de la tutelle ne se soit pas exercé : France Télécom a agi avec le consentement de l'Etat et, nonobstant la créativité comptable de sa direction financière, ni l'augmentation de l'encours de la dette, ni les effets de la bulle des télécoms sur les survaleurs n'étaient cachés.

Le problème n'est pas dans le défaut du contrôle mais dans l'erreur stratégique qui a mené à l'impasse financière dans laquelle elle se trouve aujourd'hui. Il serait dérisoire de reprocher à France Télécom d'avoir cherché à se développer au moment où s'ouvraient les marchés et où se mettaient en place de nouvelles conditions de la concurrence. Il serait absurde de critiquer le choix de la croissance externe dès lors qu'il était nécessaire de disposer de licences pour pouvoir émettre. Mais toutes les acquisitions n'étaient pas bonnes à prendre pour autant, surtout à n'importe quel prix.

L'erreur a été de croire que la bulle de la nouvelle économie allait durer toujours et que l'on pouvait indéfiniment extrapoler la croissance des marchés de la téléphonie mobile, comme il était erroné de croire que la croissance exponentielle des connections sur l'Internet s'accompagnerait obligatoirement de la croissance exponentielle du chiffre d'affaires de la publicité ou de celui du commerce électronique. La question n'est pas de savoir si l'Etat a couvert cette dérive et s'il porte dans celle-ci une part de responsabilité. C'est, de toute évidence, le cas. Est-ce à dire que si l'actionnaire majoritaire n'avait pas été l'Etat, cette dérive ne se serait certainement pas produite ? L'affirmer, c'est faire bon marché de ce qui s'est passé chez bon nombre d'autres opérateurs dont le capital était totalement privé.

A vrai dire, la bulle de la nouvelle économie révèle une dérive collective qui a englobé indistinctement entreprises publiques et privées. L'Etat actionnaire de France Télécom n'a pas fait preuve d'une cécité plus grande que les actionnaires, tous privés, d'AOL, de Time Warner, de Vivendi ou de WorldCom. La débâcle boursière actuelle ne révèle pas l'infériorité congénitale d'une forme d'actionnariat sur une autre. La plupart des acteurs économiques se sont laissé prendre à une illusion commune qui a nourri l'euphorie financière, laquelle retombe aujourd'hui comme un soufflé.

Reste le problème posé par le refus obstiné de l'Etat de laisser diluer sa part dans le capital de France Télécom, de sorte que toute augmentation de capital devenait impossible. En voulant absolument conserver la majorité, l'Etat a certes contraint France Télécom à s'endetter pour financer ses acquisitions. Sans aucun doute, cela a accru le risque de faillite auquel l'entreprise se trouve aujourd'hui confrontée. Est-ce à dire que, dans le cas où les acquisitions auraient pu être payées en capitaux propres ou en actions, il eût été moins grave de les surpayer ? La réponse est évidement négative : la destruction de valeurs eût été la même dans tous les cas.

Il est certain que l'Etat n'a aucune vocation à jouer le rôle d'un actionnaire majoritaire dans une entreprise cotée. Cette position majoritaire n'est ni une garantie pour le respect des missions de service public qui sont mieux garanties par la loi et les règlements, ni une garantie quant à la bonne gestion, tant l'Etat est conduit par la force des choses à laisser une grande autonomie aux dirigeants des entreprises cotées, du fait de la contradiction entre objectifs politiques et impératif de rentabilité.

Cependant, le contrôle par l'Etat de la majorité du capital peut être justifié par la volonté de protéger une entreprise jugée stratégique contre une prise de contrôle étrangère ou une OPA hostile. Pour quelle raison et dans quel but l'Etat a-t-il voulu rester majoritaire au capital de France Télécom ? Pour quelle raison, dans quel but a-t-il ouvert le capital de l'opérateur historique ? Voilà les questions qui sont posées. Quoi qu'il en soit, le problème de l'Etat actionnaire vu à travers le cas de France Télécom ne conduit pas tant à une mise en accusation générale et abstraite de la propriété publique, qu'elle ne sert de révélateur à la crise d'un Etat qui élude depuis trop longtemps la question de ses missions et de ses objectifs.

 

La Croix, 30/09/2002