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31/03/2007

Chevènement, Séguin, paroliers invisibles de la campagne

Ils ne parlent pas mais on n'entend qu'eux ; ils ne sont pas candidats, mais sont déjà vainqueurs. Philippe Séguin respecte son strict devoir de réserve de premier président de la Cour des comptes, mais, de meeting en meeting, on croit entendre retentir sa grosse voix dans les discours de Nicolas Sarkozy. Jean-Pierre Chevènement a été écarté d'une « équipe du pacte présidentiel » que Ségolène Royal n'avait jamais eu l'intention de réunir. Elle n'écoute que son Jean-Pierre ; Sarkozy connaît son Philippe par coeur.
Le candidat de l'UMP veut rétablir la « préférence communautaire européenne », restaurer une politique industrielle, se laisse séduire par la TVA sociale. Ségolène Royal exalte les oripeaux de la « grande nation », et reste intraitable avec ceux qui ne paient pas leur billet de train.
Charivari dans chaque camp. Alain Madelin constate froidement dans son blog que « les gros bataillons des libéraux politiques qui ont rejoint l'UMP en 2002 apportent tout naturellement leur soutien à Nicolas Sarkozy même s'ils ont de plus en plus de mal à se reconnaître dans la vision étatiste que lui souffle Henri Guaino ».
Le drapeau tricolore a « fait flipper »Besancenot et a horripilé Dominique Voynet ou José Bové ; les mêmes, il y a dix ans, insultaient le Chevènement qui dénonçait « les sauvageons » des banlieues et les « élites mondialisées » des beaux quartiers.
Les uns, au nom du marché, les autres, au nom de la Révolution, ne supportent pas que l'État-nation vienne fourrer son groin dans leurs affaires mondialisées.
Pourtant, Nicolas Sarkozy, éduqué au libéralisme par Édouard Balladur, a voté oui au référendum de 2005, de même que Royal, converti au delorisme par François Hollande.
Beaucoup, pour s'inquiéter ou pour se rassurer, doutent donc de la sincérité de leur chemin de Damas. Ils n'y voient qu'une habileté tactique pour récupérer un électorat populaire effrayé par le divorce consommé entre l'économique et le social. Les souverainistes craignent le retour de « Sarko l'atlantiste », et voient un signe de sa perfidie dans sa volonté affichée de faire adopter un mini-traité institutionnel européen par le Parlement. La gauche de la gauche reste convaincue que Royal insiste sur les valeurs pour mieux se débarrasser des questions sociales. Partout la méfiance est de mise, et les statues du commandeur, Séguin et Chevènement, jouent aux sphinx.

 

Éric Zemmour

© Le Figaro

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