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22/12/2006

Les libéraux résignés face aux accents gaullistes et sociaux de Sarkozy

D'une première victoire ils ont conclu qu'ils avaient gagné la guerre. Au mois de novembre, les libéraux de l'UMP pensaient bien avoir eu raison de l'influence de l'économiste Henri Guaino sur Nicolas Sarkozy. Le discours sur la mondialisation qu'il prévoyait de faire prononcer, à Saint-Etienne, par le candidat avait été scrupuleusement relu, vidé de ses propositions les plus étatistes. Dans le bureau de Claude Guéant, directeur de cabinet de M. Sarkozy, Hervé Novelli, chef de file des libéraux et Michel Pébereau, le président du conseil de surveillance de BNP Paris Bas avaient rayé d'un trait de plume la proposition d'interdire les OPA proposées par l'ancien conseiller de Philippe Séguin.

Mais ils ont dû se rendre à l'évidence : l'influence gaulliste, sociale et souverainiste de M. Guaino demeure. « J'ai les oreilles un peu écorchées », confiait un élu libéral après avoir entendu quelques extraits du discours du candidat à la présidentielle, lundi 18 décembre à Charleville-Mézières (Ardennes).

A cette occasion, le candidat de la « rupture tranquille » s'est élevé contre la « surévaluation de l'euro par rapport au dollar », dénonçant « l'autisme » de la banque centrale européenne et de son gouverneur, Jean-Claude Trichet. Une critique récurrente augmentée cette fois d'une charge contre « le dogme du libre-échange ».

"Posture"

M. Novelli s'est ému de ses attaques lors d'une réunion au ministère de l'intérieur, mardi 19 décembre. Au nom de « la cohérence » du candidat et de sa « vérité », il a expliqué que « 80 % des échanges de la France se font à l'intérieur de la zone euro » et que la monnaie unique « ne pouvait être tenue pour responsable de toutes nos difficultés ». Il a aussi rappelé « que le libre-échange n'est pas un dogme, mais une réalité ».

Ce n'est pas la première fois que cet héritier d'Alain Madelin monte au créneau. Il s'était déjà prononcé, en novembre, dans une tribune au Figaro contre les nouveaux droits (droit au logement, droit de garde d'enfants...) proposés par le candidat, sous l'influence de M. Guaino. Des « droits de circonstance », expliquait le député d'Indre-et-Loire qui dévaluent les droits fondamentaux. Un peu plus tôt le 6 juillet, M. Balladur était lui aussi sorti de sa réserve. Choisissant Le Monde pour mettre en garde M. Sarkozy, il avait vilipendé « les thèses des propagandistes de l'autre politique ».

Ces critiques n'ont pourtant jamais été suivies d'effet. « Les vrais libéraux sont les strausskahniens, explique un député proche de M. Sarkozy. A l'UMP, ils ne pèsent rien. C'est juste une posture. » « Ils n'ont pas de chef de file à la hauteur de leur courant de pensée », raille M. Guaino, certain du soutien de M. Sarkozy.

Il est vrai que la plupart des députés libéraux, regroupés au sein du Club des réformateurs, ne trouvent rien à redire au positionnement eurosceptique de M. Sarkozy et à sa dénonciation d'un capitalisme sans morale. « Heureusement que nos avions sont facturés en dollars, se félicité le député de l'Oise, Olivier Dassault, sinon nous serions handicapés. Sarkozy ne fait qu'appeler à une prise de conscience. » Quant à la compassion du candidat pour les travailleurs pauvres qui « au bout de trente-six ans de boîte ne gagnent que 1 200 euros par mois », elle ne concerne pas l'élu : « Nous avons des employés qui gagnent ce salaire, mais sur quinze mois et demi. »

Pro-européens mais aussi sarkozystes, les centristes se disent eux aussi d'accord avec la stratégie de M. Sarkozy. Pour leur chef de file Pierre Méhaignerie, « l'élection se gagnera sur l'électorat populaire ». Il note que « nos difficultés sont liées à notre manque de compétitivité et non pas à l'euro ». En attendant, il enjoint à M. Sarkozy d' « approfondir et de hiérarchiser ses priorités ». Récemment, il a plaidé auprès de lui pour différer la baisse de la TVA sur la restauration et jugé que « zéro SDF en deux ans, c'est un peu court ». Avec Jean-Louis Borloo, Laurent Hénart, Marc-Philippe Daubresse, Jean-Paul Anciaux et Michel Bouvard, il travaille à l'écriture d'une tribune pour définir « le social des cinq années à venir ». « Il ne faut pas fragiliser la confiance des entrepreneurs », lâche-t-il avec prudence.

 

Philippe Ridet

© Le Monde

19/12/2006

Sarkozy dénonce la "capitulation sociale"

Les Ardennes, vues par Nicolas Sarkozy : « 41 % pour les extrêmes au premier tour de l'élection de 2002 et 62 % pour le non à la Constitution européenne en 2005. » Autant dire une terre de mission pour le favori de la droite, qui s'est lancé hier à la poursuite de cet électorat perdu. Avec des accents guerriers et bien peu libéraux contre « la capitulation sociale à laquelle la mondialisation et l'Europe servent d'alibis depuis vingt-cinq ans ». « Je suis venu essayer de comprendre pourquoi des gens sont tellement en colère qu'ils votent pour Le Pen ou pour l'extrême gauche », a expliqué le chantre de la « rupture », au cours d'un meeting à Charleville-Mézières, un mot qu'il n'a prononcé qu'une fois. En revanche, il a rendu un hommage inédit au président de la République, en affirmant : « Grâce au quinquennat de Jacques Chirac, nous avons cessé de capituler face à la délinquance, au déclin industriel, à l'immigration non maîtrisée, à l'endettement public. »

Si le candidat UMP veut aller « plus fort et plus loin », c'est désormais au nom de la « réconciliation » de « la France qui gagne et de la France qui souffre ». Ses détracteurs, à gauche comme dans son propre camp, l'accusent de « diviser » ? À grand renfort de « je veux », il a promis « une politique qui n'oppose ni les territoires ni les Français, qui ne joue pas les jeunes contre les vieux, les services contre l'industrie, la nouvelle économie contre l'ancienne, mais qui prenne la France comme un tout, qui utilise toutes les ressources, toutes les forces, toutes les énergies, qui ne laisse rien perdre, qui n'abandonne pas une seule personne, pas un seul territoire ».

La promotion par le mérite

Ses recettes pour y parvenir n'ont pas changé. Il prône toujours la promotion par le mérite et l'enrichissement par le travail. Dans une région où les « travailleurs pauvres » sont plus nombreux que « les pauvres qu'il faut aider parce qu'ils n'ont pas de travail », Nicolas Sarkozy est revenu sur l'exonération des impôts et des charges sociales sur les heures supplémentaires, qu'il a qualifiée de « révolution économique ». Mais il s'est surtout déchaîné contre « les patrons-voyous », ceux qui ne respectent pas « le fondement éthique de l'économie de marché », contre l'« Europe devenue une machine » devant laquelle « une capitulation serait suicidaire », contre la « surévaluation de l'euro », « une erreur qui tire les salaires vers le bas et pénalise nos industries ».

À la fin du meeting, Henri Guaino, principale « plume » du candidat, se montrait satisfait : treize ans après avoir soufflé à Philippe Séguin le fameux « Munich social », il a introduit le thème de la « capitulation sociale » dans le discours de Sarkozy. La plupart de ses idées ont été reprises, notamment la promotion au rang de « droits opposables devant les tribunaux » du droit au logement, à l'hébergement, à la scolarisation des enfants handicapés à l'égalité homme-femme. Et la liste n'est peut-être pas close...

 

Judith Waintraub

© Le Figaro